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Le détournement des mythes

Ce catalyseur de toutes les peurs, en cette charnière des années 1950 et 1960 (la première planche paraît le 16 avril 1959), écrase tous les autres « méchants » introduits dans l’univers de Spirou.

On peut s’amuser à trouver les modèles de Zorglub. Son aspect faussement chic, tiré à quatre épingles, fait penser à Christopher Lee, de la série des Dracula anglais. Et l’on pense à la mine ténébreuse de James Mason, le misanthrope capitaine Nemo de Vingt Mille Lieues sous les mers. Et, bien entendu, les zorglhommes sont des créatures de Frankenstein au rabais : des êtres de chair et d’os dont Zorglub se contente de court-circuiter les neurones.
Mais l’actualité, la simple réalité se révèlent plus riches comme sources d’inspiration. Les uniformes des zorglhommes offrent, certes, des réminiscences des films de science-fiction américains de série B. Mais ces colosses au regard éteint, la bille à zéro, sanglés dans un uniforme impeccable, machines à obéissance aveugle : cela remet en mémoire les grands messes hitlériennes à Nuremberg, les défilés du 1er mai stalinien sur la Place Rouge de Moscou, les films de propagande de Leni Riefenstahl, les bandes d’actualité de l’Italie mussolinienne et de la Chine maoïste.

Un authentique inventeur a mis au point une maquette radioguidée de la Zorglumobile. <a href='http://papykilowatt.free.fr/html/Zorglumobile3.htm' target='_blank'>Regardez-la voler</a>.Franquin excelle à détourner les réalités les moins reluisantes, ne ratant aucune occasion de les ridiculiser. Zorglub, c’est le dictateur mal dégrossi Zantafio, les études universitaires en plus.

Que Zorglub veuille prendre une allure martiale, un objet lourd lui tombe sur le pied, ce qui désamorce immédiatement le côté dramatique de la situation. A cet égard, le Marsupilami est l’interprète le plus fidèle du rapport de Franquin avec l’autorité, l’arbitraire, le pompeux, la norme.

Le Marsupilami ne respecte rien – sauf ce que les fâcheux ne respectent pas : la personnalité, l’originalité, la joie de vivre, la liberté de pensée et de conscience, l’envie de vivre ensemble et en paix.

Chez Franquin, tous les mythes sont détournés. Et son arme, c’est l’humour. Son interprète : le Marsupilami. Ni l’audace de Spirou, ni la science de Champignac, ni la ruse de Fantasio, ni la police de Champignac, ni l’armée américaine (clin d’œil à Buck Danny ?) ne viennent à bout du cauchemar zorglubien.